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La vie à Lacustris était désormais devenue bien triste, et seuls quelques éleveurs et quelques pêcheurs osaient encore se réunir dans une taverne située dans les bas quartiers de la ville. Ceux-ci faisaient figure de courageux, non pas d'oser défier le couvre-feux, mais de prendre le risque de croiser le dragon une fois la nuit tombée. Le courage des bretons n'est, il est vrai, pas étranger aux boissons qu'ils consomment dans leur taverne. Ils y croisaient les marchands ambulants qui n'avaient put rentrer dans la cité du fait du couvre-feux. C'est ainsi qu'arriva un jour, dans cette taverne un commerçant voyageur dont la charrette était chargée d'objets venus de pays lointains. Celui-ci rentra dans la taverne et aussitôt demanda: - »Mais qu'est-il arrivé à la belle ville de Lacustris? Hier accueillante, mais qui aujourd'hui refoule les voyageurs. » S'étant exprimé suffisamment fort pour que tout le monde l'entende, mais sans s'adresser à personne en particulier pour ne pas les froisser, c'est le tavernier qui lui répondit en premier: - » Hélas brave Homme la ville doit se protéger, car un dragon est réapparu et nous cause mille tracas. » Le voyageur éclata d'un rire fracassant qui tranchait avec l'austérité des habitants de la cité.
Aucun d'entre eux ne l'avait vu, bien sûr, mais tous savaient le décrire. Ils en rajoutaient un peu pour ne pas passer pour des pleutres auprès d'un étranger. -« Ah, c'est à ce genre de dragon que vous avez à faire. » dit l'étranger d'un air convaincu. -« Vous devriez l'apprivoiser! » ajouta t-il. Cette fois-ci ce furent les habitants qui se mirent à rire: -« Ha Ha ha! L'apprivoiser elle est bonne celle-là! » Ayant d'abord attiré l'attention de son public, l'ayant ensuite vexé, pour enfin, mieux conquérir sa sympathie, le voyageur, qui n'était pas moins commerçant continua:
Amusés par le tour que leur avait joué l'étranger, ils décidèrent de les lui acheter. Ils allèrent le lendemain les relâcher dans une mare cachée au coeur de la forêt. Rapidement l'histoire des dragons du voyageur amusa toute la cité. Et quand les deux poissons firent des petits, tous les habitants se proposèrent d'en adopter. Ils furent pêchés dans la mare et disposés ici dans une fontaine, là dans une soupière, ailleurs dans un vase. Après avoir ri et apprivoisé les petits dragons, les habitants commencèrent à ne plus avoir aussi peur du gros qui vivait dans le Lac. Et celui-ci finit par ne plus faire parler de lui. N'ayant plus à craindre le dragon, les habitants comprirent que leur vrai problème c' était le chevalier Larkan. Lui non plus ne leur faisait plus peur, et ils se révoltèrent. Les gardes, qui n'avaientt plus de dragon à surveiller étaient gagnés par l'oisiveté. Ils ne tardèrent pas à se retourner contre leur chef, et aidèrent la population à le chasser de la cité. Lacustis ayant retrouvé confiance et sérénité, redevint rapidement une ville heureuse et prospère. Quant au dragon du lac, il n'est pas réapparu depuis, mais attention, il y a dans les lacs et les forêts toutes sortes de monstres en sommeil. Ils n'attendent que le réveil de nos peurs primaires pour revenir. Et il y a dans les châteaux et les palais, des tyrans en herbe qui n'attendent que le retour d'un quelconque dragon pour abuser de leurs pouvoirs. Alors apprivoisons nos peurs, et pour cela pourquoi ne pas adopter un dragon?
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